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Rencontrer les Sourds du pays : quand la rencontre s'invite dans le voyage

Photo du rédacteur: sabine Lemesle
sabine Lemesle
2 oct.
5 min de lecture

Découvrir un pays, c’est visiter ses villes, ses monuments, ses sites historiques et ses paysages. C’est goûter sa cuisine, observer ses traditions et comprendre un peu mieux son histoire.

Mais un voyage ne se résume pas à ce que l’on visite. Il y a aussi les personnes que l’on rencontre.

Dans les voyages Touri-Sourd, j’essaie donc, lorsque c’est possible, de créer des occasions de rencontrer des Sourds du pays. Parfois, ces rencontres sont préparées plusieurs mois à l’avance. Parfois, elles naissent complètement par hasard. Elles ne sont jamais tout à fait les mêmes, mais elles apportent souvent quelque chose de précieux au voyage : un contact direct avec la communauté sourde locale et une découverte du pays de l’intérieur.


Découvrir un pays autrement

Lors d’un voyage, nous sommes forcément des visiteurs. Nous passons quelques jours ou quelques semaines dans un pays. Nous découvrons beaucoup de choses, mais nous n’en voyons qu’une petite partie. Rencontrer des Sourds qui vivent sur place permet d’ouvrir une autre porte.

Les discussions peuvent concerner la vie quotidienne, le travail, l’école, la famille, l’accessibilité, la place de la langue des signes ou encore la vie associative. Et les échanges vont dans les deux sens. Les Sourds que nous rencontrons ont eux aussi des questions sur la France, la LSF et notre quotidien.

Très vite, chacun compare avec ce qu’il connaît. Certaines réalités sont proches. D’autres sont très différentes. Et parfois, ce sont de petits détails qui nous surprennent le plus.

Pendant quelques heures, nous ne sommes plus seulement en train d’observer le pays : nous échangeons avec ceux qui y vivent.


Des rencontres qui se préparent… quand c’est possible

Avant un départ, je peux chercher des associations de Sourds ou d’autres contacts locaux. Je leur présente Touri-Sourd, notre voyage, les dates de notre passage et je propose une rencontre.

Mais entre l’envie et la réalisation, il y a parfois beaucoup d’obstacles. Il faut trouver le bon contact, que les personnes soient disponibles et que la rencontre soit compatible avec notre programme. Un circuit comprend déjà des visites, des déplacements et des horaires qui ne peuvent pas toujours être modifiés.

Pour les écoles de Sourds, c’est encore différent. Ce sont des établissements qui accueillent des enfants et des jeunes, avec des règles de sécurité. Comme en France, faire entrer un groupe d’adultes étrangers n’est donc pas toujours possible.

Certaines demandes aboutissent, d’autres non. Ces rencontres ne peuvent jamais être garanties. Mais quand toutes les conditions sont réunies, elles peuvent devenir un moment fort du voyage.


À Chiang Mai, une rencontre préparée à l’avance

En décembre 2025, en Thaïlande, nous avons eu la chance d’être accueillis à l’école des Sourds de Chiang Mai.

Notre visite avait lieu le jour de la fête des Pères, une célébration très importante en Thaïlande. Les élèves avaient préparé plusieurs animations et notre groupe avait souhaité offrir quelques cadeaux à l’école.     

Mais ce que je retiens surtout, c’est le temps passé ensemble. Nous avons longuement échangé avec les élèves, les enseignants et le directeur.     

Très vite, les langues signées se sont invitées dans les conversations. Comment signe-t-on ceci en Thaïlande ? Et en LSF ? Est-ce proche ou complètement différent ? On observe, on essaie, on compare et on apprend les uns des autres.

Les échanges ont été riches, avec des comparaisons entre nos signes, des rires et beaucoup de curiosité.

C’est exactement l’intérêt de ce type de moment : ne pas simplement visiter un lieu, mais vivre une vraie rencontre.


Quand les langues signées se rencontrent

Ces échanges entre Sourds de différents pays ont quelque chose de particulier. Nous n’utilisons pas la même langue signée, alors il faut trouver notre façon de communiquer.

On observe beaucoup, on reformule, on utilise des signes internationaux lorsqu’ils sont connus. On montre, on mime, on utilise le contexte. Et surtout, on apprend très vite quelques signes locaux.

Ce qui pourrait être une difficulté devient alors une partie très intéressante de la rencontre. La curiosité pour la langue de l’autre arrive presque immédiatement.

Les noms des villes en sont un bon exemple. Comment les Sourds du pays signent-ils Bangkok, Chiang Mai, Lima ou Cusco ? Apprendre ces signes directement auprès d’eux n’a pas la même saveur que de les découvrir sur un écran.

Quelqu’un nous les transmet. Et derrière les signes, il y a aussi tout le plaisir de l’échange.


À Cusco, une rencontre qui n’était pas au programme

Et puis il y a les rencontres que personne ne peut préparer.

En mars 2026, au Pérou, nous avons rencontré par hasard deux sœurs sourdes à Cusco, dans un marché. Rien n’était organisé. La rencontre s’est faite simplement et la curiosité a rapidement créé l’échange.

Elles nous ont montré plusieurs signes locaux, notamment ceux des principales villes du Pérou. Pour nous qui étions justement en train de parcourir le pays, c’était une belle façon de les découvrir.

Mais la conversation ne s’est pas arrêtée aux signes. Les deux sœurs nous ont aussi raconté un peu leur vie et leur expérience en tant que Sourdes au Pérou.

C’est là que ces rencontres prennent une autre dimension. Derrière une langue, il y a une personne, une histoire et un quotidien. Pendant un moment, nous découvrions le Pérou à travers le regard de deux personnes sourdes qui y vivent.


Organiser, mais aussi laisser une place au hasard

Chiang Mai et Lima représentent finalement deux façons très différentes de faire des rencontres pendant un voyage.

À Chiang Mai, tout avait été préparé : le contact, le rendez-vous et le temps prévu dans notre programme. À Lima, rien n’était prévu. Et pourtant, les deux expériences ont enrichi le voyage.

Préparer des contacts avant le départ permet de créer des occasions. Mais il faut aussi laisser une place à l’imprévu. Un groupe qui signe peut naturellement attirer le regard d’une personne sourde. On se voit, quelques signes sont échangés et parfois la conversation commence tout simplement.

C’est aussi ce qui fait le charme du voyage : tout ne peut pas être écrit à l’avance.


Une rencontre, pas une « visite »

Il y a cependant un point important. Rencontrer des Sourds dans un autre pays ne doit pas devenir une attraction supplémentaire à ajouter au programme. On ne « visite » pas une communauté sourde comme on visite un monument.

Ce qui compte, c’est la réciprocité. Nous sommes curieux de connaître leur quotidien et ils peuvent être tout aussi curieux de découvrir le nôtre. Ils nous apprennent leurs signes, nous leur montrons les nôtres. Nous parlons de leur pays, de la France, de nos expériences, de ce qui nous rapproche et de ce qui nous différencie.

Pendant ce moment, il ne s’agit plus d’un groupe de touristes face à des habitants. Ce sont simplement des Sourds de différents pays qui se rencontrent.


Des souvenirs qui restent

Après un voyage, chacun garde ses propres souvenirs : un paysage, un monument, un repas, une activité ou une journée particulière. Mais les rencontres humaines occupent souvent une place à part, justement parce qu’elles ne pourront jamais être reproduites exactement de la même manière.

Nous pourrons retourner à Chiang Mai, mais nous ne revivrons pas cette même journée avec ces élèves, ces enseignants, ces échanges et ces rires. Nous pourrons retourner à Lima, mais quelles étaient les chances de rencontrer précisément ces deux sœurs et de partager ce moment avec elles ?

C’est pourquoi Touri-Sourd essaie de favoriser ces rencontres chaque fois que cela est possible, sans en faire une obligation. Il y a celles que l’on prépare pendant des semaines et celles qui arrivent sans prévenir.

Elles apportent quelque chose de différent aux visites et à la découverte culturelle du pays : un visage, une conversation, quelques signes appris, une expérience racontée et parfois un grand fou rire.

À Chiang Mai, la rencontre avait été organisée. À Lima, elle est née du hasard. Dans les deux cas, le voyage s’est enrichi de quelque chose qu’aucun programme touristique ne peut vraiment prévoir.

Car découvrir un pays, c’est aussi rencontrer ceux qui y vivent. Et lorsque des voyageurs sourds rencontrent des Sourds du pays, quelques heures peuvent parfois devenir l’un des plus beaux souvenirs du voyage.


 
 
 

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